Cuzco Inca
Cuzco, la capitale du Tawantinsuyu ou Empire des quatre régions, dont l’étymologie est encore incertaine (Garcilaso nous parle de « nombril ») a constitué l’habitat des Incas.
En entrant dans la ville pour la première fois, les Espagnols ont pu admirer une place principale revêtue de sable fin, divisée en deux par le rio Saphi, canalisé et recouvert. Une partie de cette place, Hawkaypata ou lieu de repos, contenait un Usnu (plate-forme de vénération et de sacrifice) où avaient lieu des cérémonies festives, des loisirs et aussi des beuveries, et dans l’autre partie, Kusipata, lieu de la joie, se déroulaient également les événements agréables et gais de la vie sociale. C’est pendant la Colonie que le nom primitif de Hawkaypata s’est transformé en Waqaypata, lieu des lamentations. Les conquistadores parlent de cent mille maisons, de rues empierrées, de points d’eau dans chacune d’entre elles et de grands bâtiments correctement agencés.
Supposons que nous nous trouvons sur cette place, fermons les yeux et imaginons… Au lieu des arcades actuelles, se dressent de merveilleux palais incas… Sur Kusipata il n’y avait aucune maison royale, seulement des terrasses et un marché.
La ville de Cuzco était la résidence de nobles provinciaux, chefs de nations soumises qui résidaient un certain temps à la capitale. Mais les palais les plus somptueux étaient ceux de l’Inca régnant et tous ceux de la famille royale. La capitale, donc, était une ville agréable qui abritait des populations diverses, regroupées sur les deux bords de la rivière, qui la séparait en deux parties, Hanan et Urin, le Haut et le Bas Cuzco, et dans ces rues étroites circulaient des piétons, nobles ou paysans, et des troupeaux de lamas.
On a affirmé beaucoup de choses sur l’origine des Incas. Les seuls documents informatifs, malheureusement rares à cause de la destruction espagnole, sont les sources archéologiques, ethnologiques et littéraires, ces dernières, plus abondantes, provenant des chroniqueurs de l’époque.
On sait que la région de Cuzco a été occupée depuis des millénaires, mais on a peu d’information sur ces premiers habitant ni sur cette élite qui a surgi, peut-être au XIIème siècle, employant le terme d’Inka pour désigner le souverain et les membres de sa propre parenté. Cieza de Léon et Betanzos racontent comment quatre couples, richement habillés, son sortis d’une grotte, deux d’entre eux seulement parvenant à Cuzco. Ayar Manqo, devenant Manqo Qhapaq, construisit un bâtiment, où quelques siècles plus tard se dresserait le Qorikancha, et il sema du maïs…
Un autre mythe est celui que rapporte Garcilaso de La Vega el Inka, fils d’un conquistador et d’une princesse inca, qui fait surgir du Lac Titicaca un couple mythique, Manqo Qhapaq et Mama Oqllo. Montant vers le nord, ils virent comment le sceptre d’or que leur avait confié leur père le Soleil s’enfonçait de lui-même dans le sol. Ils s’installèrent dans la vallée de Cuzco et civilisèrent la population qui s’y trouvait.
C’est seulement après la déroute des Chancas (au XVème siècle), ennemis invétérés des Incas, que le territoire agrandi et pacifié prend le nom de Tawantinsuyu ou Empire des quatre régions, qui s’étend sur deux millions de km2, insérant les territoires actuels du Pérou, de la Bolivie, de l’Equateur, une partie du Chili, de l’Argentine et de la Colombie. Un Empire cette fois historique, gouverné successivement par : Pachakuteq (approximativement 1438-1471), Thupaq Inka Yupanki (1471-1493), Wayna Qhapaq (1493-1525) Wasqar (1525-1532) et Atawallpa (1532-1533). A la mort de Wayna Qhapaq, l’Empire se trouvait divisé entre deux frères ennemis, ce dont ont profité opportunément les Espagnols en 1532…
Et si nous tenons compte des quatre Incas réfugiés à Vilcabamba après le siège de Cuzco, nous pouvons dire que l’agonie du Tawantinsuyu a eu lieu sur la place principale de Cuzco, un jour de 1572, avec la mort du dernier d’entre eux, Thupaq Amaru, enchaîné comme un vulgaire voleur… C’est après qu’on a inventé qu’il était mort en rendant grâce à Dieu !...
Le système de travail a engendré dans la société inca une forte stratification sociale, même si le modèle prépondérant n’était pas la propriété de la terre, qui appartenait à l’Etat. Cette tendance au collectivisme a été à l’origine de l’existence de ces deux mots : panaqa ou famille étendue de la haute noblesse et ayllu, ensemble de familles étendues de gens du commun.
Une société, donc, hiérarchisée, de castes de type héréditaire, une société, d’autre part, incroyablement sûre, où l’homme était en droit d’attendre la subsistance et la participation sociale.
Au sommet de la pyramide était l’autorité suprême, le Zapa Inka, le Grand-Prêtre, Willaq Uma, et l’épouse, la Qoya, qui devait appartenir à la même panaqa (clan royal) que l’Inka et qui, par conséquent, était considérée comme sa sœur (sans l’être nécessairement dans le sens occidental).
Un peu plus bas dans cette pyramide se trouvaient les membres des panaqa des descendants de chaque souverain. Puis, les Incas de privilège, victorieux de peuples ennemis, annoblis pour assumer des charges administratives héréditaires et les Kuraka ou chefs de nationalités soumises formaient l’aristocratie régionale et locale. Entre la noblesse de sang et celle de privilège, pouvait se produire en certains cas le mariage. Tous ces gens vivaient dans le luxe, avec de nombreux serviteurs. Ils jouissaient aussi de signes distinctifs: porter les cheveux courts, se déformer le crâne (à l’aide de planchettes installées dans le berceau dès la naissance), pratiquer des rites spéciaux de puberté lors de la cérémonie du Warachikuy, où ils recevaient des armes et des plaques en métal qu’on leur introduisait dans le lobe des oreilles (d’où leur surnom de « orejones », grandes oreilles, donné par les Espagnols), la momification de leur cadavre. Être Fils du Soleil signifiait qu’après la mort, le corps allait être conservé comme du temps de son vivant, assis sur son trône, avec la maskaypacha ou insigne royal, servi par ses femmes et ses valets. D’autre part, les artisans et les commerçants constituaient une classe particulière.
Puis composant les ayllus et les communautés, se trouvait l’homme andin, le runa, dont la vie essentiellement rurale le destinait à tous les travaux : familial, collectif, étatique. Il servait à tout, en tant que mitayo, main d’œuvre recrutée pour tous types de services ou soldat ; enfin c’était la base sur laquelle reposaient la famille, l’ayllu, les panaqa, les kuraka, les prêtres et l’Etat. Mais on ne demandait à cette main d’œuvre qu’un effort fractionné, on le relayait, ce qui la rendait efficace et infatigable. En plus, lorsqu’il se mariait, le runa recevait une parcelle de terrain dont la dimension, ou tupu, dépendait de la fertilité de la terre. A la naissance de ses enfants, l’Etat lui octroyait d’autres parcelles. C’est ainsi que dans cette société sans monnaie et à égalité sociale dans la partie inférieure de la pyramide, l’unique différenciation quant à la richesse était fondée sur le nombre d’enfants et par conséquent de parcelles que possédait le couple.
Les soldats professionnels recevaient des terres de l’Inca en récompense de leurs bons services, tandis que les yanakuna, hommes que l’on maintenait en situation servile, perdaient tout lien avec leur ayllu d’origine.
Si l’Etat inca n’a pas été à proprement parler esclavagiste, il est évident que des conditions d’esclavage ont été pratiquées avec les prisonniers de guerre, tout au moins avec ceux qui n’admettaient pas d’être vaincus et qui devenaient de ce fait des pina (reclus), qu’on envoyait parfois travailler dans les champs de coca. Les prisonnières de guerre, sous le contrôle de l’Etat mais de manière autoritaire, étaient envoyées en tant que prostituées, mitawarmi, dans les villages, les champs de bataille…
La société inca était une société de classes, avec des groupes hermétiques, où l’ascendance familiale et ethnique déterminait le modus vivendi.
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